Presses Universitaires de France

  • La situation est inédite. Jamais, dans l'histoire de l'humanité, nous n'avons disposé d'autant d'informations et jamais nous n'avons eu autant de temps libre pour y puiser loisir et connaissance du monde. Nos prédécesseurs en avaient rêvé : la science et la technologie libéreraient l'humanité. Mais ce rêve risque désormais de tourner au cauchemar. Le déferlement d'informations a entraîné une concurrence généralisée de toutes les idées, une dérégulation du « marché cognitif » qui a une fâcheuse conséquence : capter, souvent pour le pire, le précieux trésor de notre attention. Nos esprits subissent l'envoûtement des écrans et s'abandonnent aux mille visages de la déraison. Victime d'un pillage en règle, notre esprit est au coeur d'un enjeu dont dépend notre avenir. Ce contexte inquiétant dévoile certaines des aspirations profondes de l'humanité. L'heure de la confrontation avec notre propre nature aurait-elle sonné ? De la façon dont nous réagirons dépendront les possibilités d'échapper à ce qu'il faut bien appeler une menace civilisationnelle. C'est le récit de cet enjeu historique que propose le nouveau livre événement de Gérald Bronner. Gérald Bronner est professeur de sociologie à l'Université de Paris, membre de l'Académie des technologies et de l'Académie nationale de médecine. Il a publié plusieurs ouvrages couronnés par de nombreux prix. Son dernier ouvrage paru est Cabinet de curiosités sociales (collection « Quadrige », Puf, 2020).

  • Des vertus, on ne parle plus guère. Cela ne signifie pas que nous n'en ayons plus besoin, ni ne nous autorise à y renoncer. Mieux vaut enseigner les vertus, disait Spinoza, que condamner les vices : mieux vaut la joie que la tristesse, mieux vaut l'admiration que le mépris, mieux vaut l'exemple que la honte. De la politesse à l'amour, dix-huit chapitres sur les vertus, celles qui nous manquent parfois, celles qui nous éclairent. Il ne s'agit pas de donner des leçons de morale, mais d'aider chacun à devenir son propre maître et son unique juge. Il n'y a pas de bien en soi : le bien n'existe pas, il est à faire et c'est ce qu'on appelle les vertus.

  • Naissance de l'écoféminisme Nouv.

    En 1974, apparait pour la première fois le mot « écoféminisme » sous la plume de Françoise d'Eaubonne dans son ouvrage Le féminisme ou la mort. Avec ce mot, elle exprime un appel à un « nouvel humanisme » pour sortir du « système mâle », responsable de la domination des femmes et de la destruction de la nature. Françoise d'Eaubonne propose une lecture écologique du féminisme tout autant destinée aux mouvements féministes en France qu'à ceux de l'écologie politique des années 70. Ce texte offre les clés de lecture pour comprendre et identifier les racines communes de la surexploitation des femmes et de la destruction de la nature. Il est aussi une invitation à détruire la structure du pouvoir patriarcal pour voir s'élever « la gestion égalitaire d'un monde à renaître ». Il permet de situer la pensée de Françoise d'Eaubonne dans le contexte féministe et écologiste de l'époque et son actualité. « Le temps de l'écoféminisme », dernier chapitre du Féminisme ou la mort, est également commenté en présentant les fondements de l'écoféminisme de cet autrice.

  • « J'aime les définitions. J'y vois davantage qu'un jeu ou qu'un exercice intellectuel : une exigence de la pensée. Pour ne pas se perdre dans la forêt des mots et des idées. Pour trouver son chemin, toujours singulier, vers l'universel. La philosophie a son vocabulaire propre : certains mots qui n'appartiennent qu'à elle, d'autres, plus nombreux, qu'elle emprunte au langage ordinaire, auxquels elle donne un sens plus précis ou plus profond. Cela fait une partie de sa difficulté comme de sa force. Un jargon ? Seulement pour ceux qui ne le connaissent pas ou qui s'en servent mal. Voltaire, à qui j'emprunte mon titre, a su montrer que la clarté, contre la folie des hommes, était plus efficace qu'un discours sibyllin ou abscons. Comment combattre l'obscurantisme par l'obscurité ? La peur, par le terrorisme ? La bêtise, par le snobisme ? Mieux vaut s'adresser à tous, pour aider chacun à penser. La philosophie n'appartient à personne. Qu'elle demande des efforts, du travail, de la réflexion, c'est une évidence. Mais elle ne vaut que par le plaisir qu'elle offre : celui de penser mieux, pour vivre mieux. C'est à quoi ces 2 267 définitions voudraient contribuer. »
    Nouvelle édition intégralement revue et augmentée de 613 nouvelles entrées.

  • Le grand récit ; introduction à l'histoire de notre temps Nouv.

    L'histoire n'est pas une réalité brute, mais surtout, le récit que l'on en fait, à l'échelle individuelle comme à l'échelle des groupes et des sociétés, pour donner sens au temps, au temps vécu, au temps qui passe. Jadis, le sens était tout trouvé : il avait pour nom(s) Dieu, Salut, Providence ou, pour les plus savants, Théodicée. À l'orée du XXe siècle, la lecture religieuse n'est plus crédible, dans le contexte de déprise religieuse qui caractérise l'Occident - l'Europe au premier chef. La question du sens (« de la vie », « de l'histoire »...) en devient brûlante et douloureuse, comme en témoignent les oeuvres littéraires et philosophiques du premier XXe siècle, notamment après ce summum d'absurdité qu'aura constitué la mort de masse de la Grande Guerre. La littérature entra en crise, ainsi que la philosophie et la « pensée européenne » (Husserl). On ne peut guère comprendre le fascisme, le nazisme, le communisme, le national-traditionnalisme mais aussi le « libéralisme » et ses avatars sans prendre en compte cette dimension, essentielle, de donation et de dotation de sens - à l'existence collective comme aux existences individuelles -, sans oublier les tentatives de sauvetage catholique ni, toujours très utile, celles du complotisme. Au rebours de l'opposition abrupte entre discours et pratiques, ou de celle qui distingue histoire et métahistoire, il s'agit d'entrer de plain-pied dans l'histoire de notre temps en éclairant la façon dont nous habitons le temps en tentant de lui donner sens.

  • Le livre fait le point sur la désobéissance civile et l'état de nécessité, juridiquement, historiquement et philosophiquement. Il rassemble des témoignages, des plaidoiries exemplaires et des jugements, des argumentaires et analyses en faveur de la désobéissance civile et des éclaircissements en matière de doctrine, tant en ce qui concerne l'engagement juridique de l'état de nécessité que le rôle du juge. Il permet de comprendre les limites, les raisons et la fonction des actions de désobéissance civile. Il met en lumière la pertinence de l'argument de l'état de nécessité dans le contexte qui nous échoit désormais. Dans un style précis mais accessible, il est utile à toute personne, qu'elle soit juriste, politiste, militante, journaliste, et à toute citoyenne ou citoyen qui veut réfléchir sur ces sujets.

  • Que signifie le terme « socialisme » en ce début du XXIe siècle ? Où et comment sont nés les divers projets socialistes au XIXe siècle ? Quelles furent leurs destinées selon les pays ? Le socialisme a-t-il un avenir, et si oui sous quelles formes ? Cet ouvrage entend analyser les multiples réalités auxquelles renvoie le terme « socialisme » au cours des deux derniers siècles, en cherchant à rendre compte de la façon la plus exhaustive possible des développements théoriques comme des expériences historiques concrètes. Il ne sera pas question de valoriser ou dévaloriser telle ou telle forme de socialisme, mais d'examiner la diversité des pratiques et des idées. De la social-démocratie à l'extrême gauche, des plus gestionnaires aux plus contestataires, tous les courants y ont leur place. Cette histoire globale se présente sous la forme d'un dictionnaire avec trois grandes parties : « Les mots du socialisme » (partie conceptuelle), « Moments » (grandes dates), « Figures » (personnages historiques). Cet ouvrage s'adresse aussi bien aux spécialistes des questions politiques qu'à un public plus large.

  • Comment se fait le choix de la Résistance dans la France occupée ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui ont décidé, un jour, de s'engager dans la Résistance, de lutter contre l'occupant allemand et le régime nazi ? À travers 15 portraits d'hommes et de femmes, résistants connus (Henri Frenay, Germaine Tillion) ou inconnus, Fabrice Grenard tente d'approcher au plus près ce mystère de l'engagement. Il fait droit à la diversité des Résistants - jeunes d'à peine 18 ans, militaire, communiste, prêtre catholique, intellectuel, paysan, parisiens, provinciaux, hommes, femmes, et même famille entière, blancs, noirs, nobles, ouvriers -, et aux différentes formes que pouvait prendre la Résistance : armée secrète, passage en zone libre, journal clandestin et contre-propagande, maquis, FFI, Français Libres, à Londres, à Paris, dans le Vercors... Ce livre donne un visage à la Résistance. Il essaie d'en restituer l'esprit, les actions et le quotidien. C'est la véritable histoire de l'armée des ombres, écrite cette fois, non par un romancier, même s'il fut de l'envergure de Kessel, mais par un historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale.

  • Dans les épreuves et les violences du monde contemporain. l'invivable est la pointe extrême de la souffrance, de l'injustice, et du soin qui peut et doit y répondre. Mais qu'est-ce qui est invivable ? Puisqu'il exige immédiatement une action et un soin, comment s'en prémunir et le réparer? Judith Butler critique les normes qui rendent des vies « précaires » et « invivables » (depuis Trouble dans le genre), mais sans pour autant la lier à une philosophie de « la vie » ou du « soin ». Frédéric Worms, de son côté revendique un « vitalisme critique », pour lequel tout ce qui cause la mort relève de la vie, mais d'une manière différenciée selon les vivants, de sorte que « l'invivable » qui tue quelque chose en nous, reste littéralement vital et révèle la spécificité des vivants humains. Mais tous les deux voient dans la différence entre le vivable et l'invivable le fondement critique pour une pratique contemporaine du soin. Pour l'un et pour l'autre, le soin complet rendra la vie humaine vivable, « plus que vivante ». Il faut s'appuyer pour cela sur les pratiques concrètes des humains confrontés à l'invivable, les réfugiés dans le monde contemporain, les témoins et les écrivains des violations du passé. Ce sont eux qui nous apprennent et nous transmettent ce qui dans l'invivable est insoutenable, mais aussi indubitable, et ce qui permet d'y résister. Un dialogue transcrit et traduit d'une séance tenue à l'Ecole normale supérieure.

  • Primauté du vivant : essai sur le pensable Nouv.

    La modernité est née de l'affirmation que la nature se réduisait à un agrégat de particules mécaniques auquel les êtres humains étaient par nature et par destinée étrangers. Quelques siècles plus tard, nous sommes sous la menace de chocs et d'effondrements successifs : que l'essor impulsé par le mécanisme moderne a fini par susciter les conditions de son propre dépassement, par rendre insoutenable les dualismes qu'il avait produits. Alors que l'on a cherché à réduire la pensée et le pensable aux seules représentations subjectives humaines, ils ne cessent d'affleurer de toutes parts... avec l'intelligence animale, avec les plantes, la sylvothérapie. C'est cette réaffirmation de la pensée, indissociable du vivant et de la matière, qu'on cherche ici à comprendre, dans le cadre d'une construction métaphysique connue sous le nom de « monisme réflexif ». Ce livre est une contribution philosophique à un réenchantement du monde.

  • Tombé presque par hasard sur l'année 1938, un philosophe inquiet du présent est allé de surprise en surprise. Au-delà de ce qui est bien connu (les accords de Munich et la supposée «faiblesse des démocraties »), il a découvert des faits, mais aussi une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons aujourd'hui. L'abandon de la politique du Front populaire, une demande insatiable d'autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l'égard du droit et de la justice : l'auteur a trouvé dans ce passé une image de notre présent. Récidive ne raconte pas l'histoire de l'avant-guerre. Il n'entonne pas non plus le couplet attendu du « retour des années 30 ». Les événements ne se répètent pas, mais il arrive que la manière de les interpréter traverse la différence des temps. En ce sens, les défaites anciennes de la démocratie peuvent nous renseigner sur les nôtres. Récidive est le récit d'un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-elle tant sur le présent ?

  • La Poétique de l'espace explore, à travers les images littéraires, la dimension imaginaire de notre relation à l'espace, en se focalisant sur les espaces du bonheur intime. Le « philosophe-poète » que fût Gaston Bachelard entend ainsi aider ses lecteurs à mieux habiter le monde, grâce aux puissances de l'imagination et, plus précisément, de la rêverie. Aussi l'ouvrage propose-t-il tout d'abord une suite de variations poético-philosophiques sur le thème fondamental de la Maison, de celle de l'être humain aux « maisons animales » comme la coquille ou le nid, en passant par ces « maisons des choses » que sont les tiroirs, les armoires et les coffres. Il ouvre de la sorte une ample réflexion sur l'art d'habiter le monde, impliquant une dialectique de la miniature et de l'immensité, puis du dedans et du dehors, qui s'achève par une méditation des images de la plénitude heureuse, condensant les enjeux anthropologiques, métaphysiques et éthiques de cette oeuvre sans précédent.

  • Charles Quint, prince et héritier des illustres ducs de Bourgogne, éduqué dans l'effervescence culturelle des Pays-Bas de la Renaissance à la veille de la Réforme protestante, est le premier et l'unique empereur espagnol, dans une péninsule Ibérique dont il ignore tout au début de son règne, à commencer par les langues et les usages. Élu Empereur du Saint-Empire romain germanique, il rassemble sous sa souveraineté plus de terres qu'aucun autre monarque avant ou après lui, et règne sur l'Ancien comme le Nouveau Monde. Ses armées, en écrasant François Ier à Pavie en 1525, écartent la menace française en Italie, mais il lui reste à affronter bien d'autres adversaires, de l'Empire ottoman aux protestants allemands. Vieilli prématurément, épuisé par ces longues luttes et contraint de reconnaître son incapacité à maintenir l'unité de la Chrétienté, Charles Quint décide finalement d'abdiquer, à cinquante-cinq ans, pour se retirer dans un monastère. Telle est la fin théâtrale d'un souverain qui renonce alors à un monde dans lequel il ne trouve plus sa place mais jamais à ses valeurs de prince humaniste.

  • Le 16 octobre 2020, la décapitation de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie dans un collège de banlieue parisienne, a constitué un nouveau cap pour le contentieux terroriste islamiste en France, provoquant une sidération générale. Treize jours plus tard, trois personnes perdaient la vie dans une église à Nice et le Moyen-Orient s'embrasait jusqu'à livrer une guerre d'idées à la France et à son Président, pour blasphème. Ces événements ont confirmé pour l'auteure la nécessité de réhabiliter le coeur de ce que l'idéologie islamiste tend à détruire : le sens des mots, du langage et donc de notre humanité. Ce livre repense la crise de l'expression et du langage que l'idéologie salafo-jihadiste met en lumière depuis son apparition sur le territoire français. À partir de l'analyse de l'expression populaire « J'vous l'jure sur le Coran de la Mecque », l'auteure dévoile l'existence d'une béance, d'un trou identitaire. Son usage révèle une quête de référencement à une culture mal connue mais également la béance existant entre un individu et sa religion. Face à ce trou, des « entrepreneurs religieux », qu'ils soient Frères musulmans, salafistes, tablighis ou jihadistes, ont investi le champ laissé par ce qui n'a pas été inscrit dans le récit familial comme national. L'islamisme masque les trous présents dans l'islamité fracturée et mal représentée en France, dans l'arabité encore abimée par le passé colonial, mais témoigne aussi d'un désir d'existence dans un monde ordonnancé par les Autres. À défaut de pouvoir refermer le trou d'un passé meurtri, quelques propositions tentent de dépasser la logique de haine associée à la mémoire du monde arabo-musulman, pour reconstruire un espace où l'histoire et les mots se réconcilient.

  • Né d'une rencontre avec une classe de lycéens belges, ce livre incarne l'accomplissement d'un défi : celui qui consiste, pour un philosophe célèbre pour l'ambition et la richesse de son travail, à en proposer une introduction qui n'en perde pourtant jamais la pointe. C'est ce défi qu'a relevé Alain Badiou dans ce petit livre, mêlant entretiens et textes inédits, qui parcourt avec autant d'allégresse que de pédagogie plus de soixante années de publications, et traverse la totalité des domaines dans lesquels sa pensée s'est illustrée : ontologie fondamentale, mathématiques, politique, poésie ou amour - non sans multiplier les digressions en direction des grandes figures de l'histoire de la philosophie. À l'heure où l'oeuvre d'Alain Badiou est enseignée et commentée dans les universités et les grandes écoles du monde entier, il était temps qu'on dispose d'une boussole fiable afin de s'orienter dans son fantastique foisonnement. On la tient entre les mains.

  • Chine et terres d'islam ; un millenaire de géopolitique Nouv.

    La Chine et le monde musulman représentent aujourd'hui environ la moitié de l'humanité. L'histoire de leurs relations est ancienne. Elles sont à l'origine de constructions impériales et de phénomènes d'acculturation qui ont façonné l'Eurasie et le Moyen-Orient. Leurs échanges se développent aux XIIIe et XIVe siècles sous l'impulsion de dynasties mongoles. Le choc de la modernité européenne a modifié les rapports de force, mais il n'a pas été suivi d'une démocratisation ou d'une occidentalisation de ces sociétés. De puissantes résistances s'y opposent. Atavismes ou traditions politiques réinventées semblent légitimer l'adhésion à des valeurs communes et des gouvernances autoritaires. En réalité, chaque acteur fait preuve d'un inépuisable pragmatisme avec des moyens de pression qui vont de la guérilla aux leviers idéologiques les plus divers.

  • Le "Tao te king" est attribué à Lao Tseu. Celui-ci aurait rencontré Confucius (550 à 479 av J. C.) contemporain d'Héraclite. Sage déjà vénéré au temps de Confucius, plus âgé que ce dernier, Lao Tseu serait contemporain de Pythagore. Le Tao-Te king, " Livre (king) de la Voie (Tao) et de la Vertu (Te) ", l'ouvrage fondateur du taoïsme philosophique, est attribué à Lao-tseu. Selon la légende, Lao-Tseu aurait rencontré Confucius et lui aurait tenu des propos obscurs, ce qui aurait fait dire à ce dernier que Lao-Tseu était " insaisissable comme un dragon ". Entre légende ou réalité, nul ne peut trancher. Mais reste un livre sacré, lui aussi sibyllin, que Marcel Conche, grand philosophe contemporain, a traduit et commenté pour nous, afin d'éclaircir la Voie taoïste de la sagesse en rapprochant la philosophie orientale, qui nous est souvent étrangère, de la philosophie des Antésocratiques, dont Lao-Tseu aurait été le contemporain. En guise d'introduction au texte intégral, Marcel Conche distingue et développe les principaux points de la philosophie taoïste, afin de baliser la lecture de ce texte ardu et essentiel de points de lumière indispensables à la compréhension du texte. Puis, au gré de réflexions, il s'ancre sur certaines notions qu'il développe, comme le rapport de la violence et de la civilisation, et compare aux autres points de vue philosophiques.M. Conche commente le sens du livre, la sagesse, comment l'acquérir selon Lao Tseu. Les éclaircissements apportés permettent enfin de comprendre et d'assimiler les principes de la philosophie taoïste, et font du Tao-Te king un livre accessible digne de figurer parmi les classiques de la philosophie antique. Le Tao-Te king enrichit la pensée occidentale de points de vue différents, d'un autre âge et d'une autre aire culturelle, qui peuvent nous aider à penser les problèmes de notre temps et de notre culture.

  • Qu'y a-t-il de commun entre le petit Grégory, Alfred Jarry, Jack L'Éventreur, Ronald Reagan, David Bowie, Edgar Allan Poe, Nicolas Sarkozy, Vincent Van Gogh, Martin Shkreli, Philip K. Dick, Nelson Mandela, Otis Redding, ou André Breton ? Qu'ont-ils en commun, ces individus hantant le vingtième siècle comme s'il était un théâtre grinçant ? La réponse est peut-être que, sans eux, l'histoire de ce siècle - notre histoire - serait incompréhensible. Car il y a les récits de manuels, avec ses grands hommes et ses grands événements. Et puis il y a le reste - les légendes dont est tissée la réalité, et qu'on ne peut raconter qu'au coin du feu ou dans l'ombre d'une porte, de peur de passer pour fou. Pacôme Thiellement n'a pas peur de la folie. Et lorsqu'il choisit de raconter « son » vingtième siècle, c'est à travers le plus étonnant des réseaux de correspondance, où la poésie fait écho au fait divers, les stars médiatiques à d'obscures préoccupations mystiques, et les nobles déclarations politiques aux tentatives incessantes de rendre la vie des humains impossible. Qu'y a-t-il donc de commun entre toutes ces figures ? Elles cherchèrent toutes à faire de la question « Qu'est-ce que vivre ? » celle du siècle lui-même.

  • Thanatocapitalisme : essais et entretiens Nouv.

    Ce que nous nommons la croissance aujourd'hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l'organisme social. D'une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l'infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Le capitalisme a depuis longtemps dépassé ce point critique. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales. Les effets dévastateurs du capitalisme suggèrent l'influence d'une pulsion de mort. Sigmund Freud n'a initialement introduit le concept de pulsion de mort qu'après bien des hésitations. Il avoua immédiatement après qu'il « ne pouvait pas penser autrement » car ce concept avait acquis un grand pouvoir sur lui. Penser le capitalisme aujourd'hui ne peut se faire sans l'acceptation de cette pulsion.
    Traduction de l'allemand par Olivier Mannoni

  • « J'ai vécu longtemps avec tous ceux à qui on met les bonnets d'âne et j'ai assisté à leur massacre. Quelles qualités avais-je qu'ils n'avaient pas? J'étais douée, me direz-vous? Je n'en crois pas un mot, mais peu importe au fond, car si c'était un don, il n'y aurait là aucun mérite.» Au fil des mots et des souvenirs, la philosophe Chantal Jaquet nous livre le lien entre tous ses travaux : la question du passage, au coeur de son parcours de transclasse, concept qu'elle a elle-même forgé. Dans un exercice de retour sur soi, elle met au clair ce qui dans la philosophie l'a sauvée d'une enfance douloureuse, marquée par une grande pauvreté, et qui l'anime encore aujourd'hui: une disruption dans la pensée ordinaire, qui invite à élargir le présent pour mieux lui résister. Soucieuse de communiquer son amour du juste - de la justice et de la justesse, elle livre ici une réflexion magistrale, à la croisée de l'intime et du social, sur l'art de penser et l'art de se révolter.

  • Nos émotions gouvernent au côté de la raison notre manière de percevoir le monde qui nous entoure, de nous y situer et d'agir. Si la modernité les localise dans l'intériorité psychologique du sujet, les recherches récentes, participant aussi bien des neurosciences que des sciences humaines et sociales, tendent à voir dans les émotions le moteur de nos actions, les orientant vers l'environnement qui les conditionne comme elles le modifient. Cet ouvrage se propose d'explorer les avancées de la science des émotions, faisant la part belle au pragmatisme, sans négliger les approches phénoménologiques. À rebours des thèses de la neurobiologie risquant de les réduire à leur substrat biologique, l'auteur s'intéresse aux dimensions socioculturelle et expressive des émotions défendues par Dewey et Wittgenstein. Le phénomène des émotions collectives est également abordé sous un angle sociologique et anthropologique à partir des travaux de Durkheim et Mauss, pour faire valoir le rôle du groupe dans la genèse d'émotions parfois destructrices, mais aussi créatrices. L'analyse de ce phénomène est cruciale pour comprendre les événements politiques et les passions sociales qu'ils soulèvent, de même que les pratiques rituelles et artistiques.

  • Le sexe désigne communément le sexe biologique qui nous est assigné à la naissance (mâle ou femelle), le rôle ou le comportement sexuels qui sont censés lui correspondre (le genre), et, enfin, la sexualité. Les théories féministes s'attachent à la problématisation de ces trois acceptions mêlées du sexe. Elles travaillent à la fois sur les distinctions historiquement établies entre le sexe, le genre et la sexualité, sur leurs constructions et leurs relations. S'agit-il d'une relation de causalité : le sexe biologique détermine-t-il le genre et la sexualité ? D'une relation de simultanéité non contraignante entre le sexe biologique, d'une part, et l'identité sexuelle (de genre et de sexualité), d'autre part? S'agit-il d'une relation de normalisation? L'hétérosexualité reproductrice est-elle la norme légale, sociale, mais aussi médicale, à l'aune de laquelle les catégories de sexe comme de genre peuvent être déconstruites, voire contestées et bouleversées ? Le présent volume porte sur les théories féministes de ces cinquante dernières années, dont la richesse et l'engagement en font l'un des champs les plus novateurs de la recherche actuelle : le féminisme marxiste, l'épistémologie ou l'éthique féministes, l'histoire et la philosophie féministes des sciences, le black feminism, le féminisme « post-moderne » et la théorie queer. L'ensemble de ces pensées constitue aujourd'hui un véritable champ de la philosophie contemporaine, dont on trouvera ici une introduction et une problématisation particulièrement éclairantes.

  • Pouvoir et beauté : le tabou du physique en politique Nouv.

    La tyrannie de la beauté n'épargne pas le monde politique. La beauté est un capital, qui exige mise en scène de soi et stylisation de son image. La culture de la célébrité favorise la consécration des apparences et c'est pourquoi le physique est devenu l'impensé du politique. Ce capital esthétique en vient même à éclipser les ressources politiques traditionnelles, fondées sur l'ancrage dans un parti et la victoire aux élections. L'esthétique structure désormais, de façon inavouée, le champ politique. Beauté et laideur infléchissent la distribution des postes, comme le révèlent les déclarations d'un président Sarkozy, plébiscitant Rama Yade et Rachida Dati et refusant un portefeuille ministériel à Gérard Larcher au motif qu'il était « trop laid ». À travers cette question inédite de la beauté et de la laideur en politique, l'auteur mène une réflexion sur la notion de charisme et celle de capital esthétique, leurs mutations à travers l'histoire, en fonction des régimes politiques, leur effet de « peopolisation » des gouvernants et leur importance pour les électeurs.

  • Culture de masse et société de classes : le goût de l'altérité Nouv.

    Quelle est la dimension culturelle des inégalités ? Les sociétés de culture et d'éducation de masse demeurent des sociétés de classes, traversées par des inégalités qui mettent davantage en jeu la distribution des ressources de la diversité et de l'altérité culturelle que celles de la culture savante. Une attention particulière est prêtée au cas français. Il part du constat d'une certaine atténuation de l'expression des clivages de classes dans les styles de vie et les attitudes culturelles. Ces évolutions relèvent davantage d'une recomposition que d'une disparition des clivages de classes et de leur expression symbolique. La première partie du livre met en évidence l'impact général de la distribution des ressources culturelles sur les inégalités. La deuxième partie aborde les conséquences sociales et culturelles du mouvement d'expansion scolaire observé un peu partout dans le monde au cours du XXe siècle. La troisième partie expose les caractéristiques de la recomposition contemporaine des frontières culturelles entre les classes sociales. La quatrième et dernière partie porte sur les prolongements politiques de cette recomposition.

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