Franck Guyon

  • Deux passagers sur le pont du monde ne relève en aucune manière de l'exercice d'admiration.
    Cet ouvrage est en son fond un livre de lectures. De lectures dont le jeu est très précisément de s'accomplir en écritures, en s'appuyant résolument sur l'oeuvre littéraire et la correspondance de deux grands personnages de la littérature : Heinrich von Kleist et Rainer Maria Rilke. Un livre de lectures, ponctuées d'illustrations, qui s'aventurent et qui s'écrivent a*n de découvrir des mouvements, des allures, des cadences d'existence, des odeurs, des goûts, des états, des airs, comme une manière de découper quelques silhouettes à ces deux passagers que furent, sur le pont du monde, parmi les autres ombres, Heinrich von Kleist et Rainer Maria Rilke, comme une façon de retrouver de l'intérieur, et de fort loin pourtant, à la fois l'oeuvre de ces vies et la vie de ces oeuvres.

  • Le Grand Siècle fut, dit-on, friand de ces cabinets de curiosités dans lesquels se trouvaient collectés pêle-mêle des objets exotiques, pittoresques et bizarres. Les cahiers de curiosités, collection littéraire des éditions Marguerite Waknine, se proposent de retrouver pareil esprit, en rassemblant des textes anciens, modernes et contemporains, présentant un tel caractère unique, insolite et rare. Autrement dit, s'écarter de l'actuel, des formats de l'actualité, de l'aplanissement des voix, de l'ablation du singulier, pour renouer, admirablement et délicieusement, avec le bon et beau désordre de la richesse du monde, avec la belle et bonne diversité des corps et des esprits.

  • De ce Louis Nicolas (1634-vers 1700) nous ne ne connaissons que peu de choses. Retenons au moins qu'il fait son entrée à l'âge de vingt ans dans la Société de Jésus, et surtout que cette carrière dans l'Ordre des Jésuites le verra prendre part à cette mission qui consiste à convertir le monde au catholicisme. Ainsi gagnera-t-il à cette fin la Nouvelle-France, vaste ensemble colonial français d'Amérique du Nord.
    Cette mission première le conduira cependant à découvrir et à s'intéresser, de près, aux vastes territoires qui s'offrent à lui et à ce qu'ils peuvent contenir de richesses inimaginables comme autant d'altérités terriblement déconcertantes. Pour rendre compte de cette expérience d'exception, Louis Nicolas réalisera son fameux Codex canadensis, un album de 180 dessins répartis sur 79 pages, réalisés à la plume et à l'encre et parfois réhaussés de couleur ; un document de premier ordre relevant à la fois du naturaliste, du cartographe, de l'ethnologue, de l'historien et de l'artiste ; une véritable oeuvre d'art où se trouvent traités les peuples indiens et leurs us et coutumes, et le monde qui les environne, une nature foisonnante, à la faune et la flore d'une richesse infinie.

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